Jeune et femme ! Ces deux mots qui dérangent et gênent

Ambitieuse, oui je le suis! J'ai eu le bac, assez tôt et je m'envolais au Maroc pour des études en économie qui durèrent cinq années. De merveilleuses années je dirais où j'eu la possibilité d'apprendre, beaucoup et d’être en rapport avec diverses nationalités. Ce fut magnifique, le Maroc est un très beau pays.
J'ai soutenu en 2013, un master 2 dans une spécialité peu connu ici en Mauritanie (vu qu’à chaque fois que j'en parlais, il fallait expliquer encore et encore): il s'agit des Echanges Internationaux et l'OMC. C'est un master qui a pour but de nous familiariser les outils du commerce international et sur les concepts relatifs aux échanges commerciaux qui s'effectuent entre les pays membres de l'Organisation Mondiale du Commerce.
Ce fut une très grande joie pour ma famille, le diplôme en poche, je décidais de rentrer chez moi, et travailler pour mon pays, car quoi qu'on dise nous ne sommes pas chez nous et si tout le monde quitte le navire, je doute fort qu'il puisse arriver à destination. J'adore voyager, découvrir et ce n'est pas pour rester à l’étranger mais pour tenter d'importer de bonnes idées de nouveaux concepts que je pourrais implanter dans mon pays.
Les premières journées à Nouakchott furent agréables en compagnie de la famille, l’accueil, les retrouvailles, la joie qui se lisait sur les yeux de mes parents était si immense que je voulais leur en donner encore plus pour qu'ils soient encore plus fiers de leur fille.
J'avais les étoiles pleins les yeux, de nombreux projets, et avec ma soutenance qui s’était bien passée, les éloges faites à mon encontre par mes professeurs, je pensais qu'arriver à Nouakchott, le très beau curriculum vitae que j'avais allait de suite m'ouvrir toutes les portes.
Cependant, les choses étaient tout à fait différentes, je cumulais les refus, après chaque entretien, les gens étaient éblouies par les idées toutes fraîches que j'avais mais disaient ils malheureusement que je n'avais pas d’expériences professionnelles. J'avais toujours envie de leur dire avec le sourire au coin :''c'est normale, je viens à peine de finir mes études, du coup par où voulez vous que je passe par avoir de l’expérience professionnelle si vous me dites non ? '' Mais à quoi bon, car le problème était tout autre, hélas pour travailler en Mauritanie, il faut une recommandation, il vous faut un support, il vous faut un bras long, oui et après peut être nous étudieront votre profil. Vous devez être le fils de quelqu'un, sinon vous ne pouvez pas travailler. Que c'est dommage alors pour les autres, quel gâchis je dirais car, être le fils de quelqu'un ne veut pas forcement dire que vous avez le profil qu'il faut, des compétences. J'avais cette possibilité de travailler car, il y avait un bras long comme ils l'appellent à mes cotés mais je voulais voir par moi- même du coup je lui ait demandé de ne pas intervenir.
Je suis restée deux années à errer, accumulant les stages sans rémunérations et les rejets. J’étais choquée par ce que je voyais, car tout ce que je demandais c’était de servir mon pays, d’être là et de faire partit de ceux qui la bâtiront.
Je fis cette remarque lors de mes stages, dans chaque structure où j'allais j’étais la plus jeune et j’étais toujours entourer que par des vieux (plus de 42 ans je dirais). Et chaque fois que je devais aller dans un département on me posait cette question: ''tu n'es pas jeune pour travailler ? Combien d'années d’études as tu fais? Tu as finis quand?''
Hélas à chacune de mes réponses on me lorgnait encore plus l'air de dire est ce vrai ?
C'est étonnant quand même, ce manque de confiance à l’égard des jeunes et de leurs capacités, ne dit- ton pas souvent que la relève doit être assuré par eux ? Comment cette relève se fera si aucune chance ne leur est laissée ?
Ce n'est qu’après que je compris que la méritocratie, n'est pas mauritanienne!
Un détail, j’étais un peu maigrichonne à l’époque parce-qu’a la base, je n'aime pas grossir car je me sens feignante à chaque fois du coup j’alliai sport et peu de bouffe et avec la petite taille que j'avais ce n’était pas évident je crois.
Dans chaque service, aucune personne ne voulait partager son savoir avec moi, on ne m’alléguait que des taches basiques; photocopies, petits tableaux Excel, archivage, classement.... Et je surprenais certains quand je faisais des taches que l'on ne me confiait pas et à la perfection, de petites révélations gênantes, le responsable se voyait obliger d'encore plus m’éloigner du travail. Mais je ne disais jamais rien et me lassait au bout de quelques semaines. Je crois même que c’était leur objectif car, on voyait dans d'autres services des murmures de personnes qui ne voulaient rien lâcher, se disant que peut être j'allais leur piquer leur place. J'avoue que je n'y comprenais rien à cette logique. Vous êtes embauchés pour des contrats à durée indéterminées, quand l'entreprise décidera d'embaucher c'est parce qu’un besoin se fera sentir et ce n'est pas forcement en licenciant son personnel "qualifié" et avec de "l’expérience" je suppose......
Je finissais un beau jour par me lasser de ces expériences, je me devais aussi de commencer à travailler avant de désapprendre et aussi avoir des fonds pour moi même afin d’être indépendante et libre de mes dépenses, et il fallait que je commence à réaliser ses rêves là.
Alors vint un jour où je dis alors à mon (bras long) que j'en avais marre et que je préférais encore retourner et poursuivre une thèse. C'est alors que cette fameuse recommandation tomba et que j'ai pu après des mois de stage après la galère, être embaucher dans un projet en tant qu’assistante en Finances et comptabilité. Ce fut dans un premier temps doux d'enfin pouvoir signer un contrat, une petite victoire, mais je n’étais pas satisfaite, car j'estimais qu'avec un bac +5 que je méritais mieux, mais il fallait commencer et c'est ce que j'ai fait.
Mes premiers jours furent drôles, une seule question sur toute les lèvres : qui t'a recommandé ?
S'en suivait: quel âge a tu ?
S'en suivait: Combien d'années d’études avait tu faite ?
J'avais l'impression d’être l'extraterrestre de la boite, ils me donnèrent un surnom, que l'on me colle encore aujourd’hui: "la petite''. Là encore les regards étaient les même, personne ne voulait m'initier dans aucun logiciel de la boite, et murmuraient tous il ne faut pas lui montrer les ficelles, sinon elle nous prendra notre place. J'en concluais une seule chose, que partout où je passais, toutes les personnes qui tenaient ce discours, et elles sont nombreuses et majoritaires n'avaient atterris dans ses boites que par le biais du piston, beaucoup n'avaient pas les compétences requises pour occuper ses postes là, alors il fallait donc ne jamais laisser l'opportunité aux personnes ayant faites de réelles études de rester dans la structure car, leur incompétence se ferait tout de suite sentir.
C'est ce casse tête pénible que vivent malheureusement beaucoup de jeunes ici.
Chaque matin est un combat pour mes collègues de me pousser à la porte, chose drôle, je ne me sens pas à ma place, si ils savaient ils ne prendraient pas toute cette peine. Mais hélas on doit faire avec en attendant mieux.
Il ya cette chose là qui dérangeait encore, il fallait que je me marrie car, pour eux une femme ne doit pas être célibataire, indépendante et travailler non ce n’est pas logique, pour eux pour s’accomplir il lui faut un mentor, un mari. L’idée est qu’en même drôle et cette façon de penser moyenâgeuse pour des gens sensés être ouverts sur le monde de la mondialisation. J’avoue que ma priorité se tourne pour le moment vers d’autres horizons car, mon attention ne peut en aucun cas être détourné de mes objectifs, et j’y tiens, tout ce travail que je fais est pour moi, pour tenter de voir jusque où je peux aller, et je me dois d’aller loin pour mes parents qui ont foi en mes capacités.
Alors, encore quelques temps , pour qu’ils jasent sur cette jeune femme là, qui a fait des études et qui dérange.
“Je n’ai pas peur des défis, ni des coups car j’ai grandis plus vite que j’aurais dû”
E.J.R

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